FPI
Publications
  • Courant mai, des élections législatives et présidentielles se sont tenues récemment au Portugal, en Roumanie et en Pologne.
  • Derrière des résultats électoraux en apparence rassurants, la poussée populiste en Europe se confirme et s’enracine.
  • Ces scrutins illustrent une même tension : des sociétés fragilisées où les partis extrémistes progressent, même lorsqu’ils ne l’emportent pas.

 

Outre celle qui a vu le triomphe de Bruno Retailleau à la tête des Républicains, trois élections majeures se sont déroulées en Europe, plus précisément en Roumanie, en Pologne et au Portugal. A première vue, toutes les trois ont donné des résultats rassurants mais, à y regarder de plus près, ils envoient des signaux plutôt inquiétants.

Le cas a priori le plus rassurant est celui du deuxième tour des élections présidentielles en Roumanie. Il s’est soldé par un spectaculaire rétablissement du candidat pro-européen, le maire réformateur de Bucarest Nicușor Dan, contre le populiste ultra nationaliste proche de Vladimir Poutine et soutenu par Viktor Orbán, George Simion, leader du parti d’extrême droite Alliance pour l’Unité des Roumains (AUR). La performance a défié tous les pronostics puisqu’à la faveur d’une participation record, le premier a remonté, et au-delà, tout le retard qu’il avait pris au premier tour : l’écart de 21% à 41% s’est transformé en avance de 53% contre 47%. Le sentiment de soulagement qui a saisi l’immense majorité des capitales européennes a paru au surplus conforté par le succès au premier tour des présidentielles polonaises de Rafał Trzaskowski, Maire de Varsovie, allié du Premier ministre Donald Tusk, contre Karol Nawrocki, candidat ultranationaliste du PIS, ainsi que par celui, au Portugal, de Luís Montenegro, le Premier ministre sortant de droite modérée qui, avec près de 33% des suffrages, l’emporte aussi bien sur les socialistes que sur les nationaux-populistes qui font chacun respectivement un peu plus de 23% et 22% des voix.

Las, les choses ne sont pas aussi simples qu’elles n’y paraissent. 

Le plus frappant, dans les élections au Portugal, c’est la montée qui paraît inexorable de l’extrême droite au détriment surtout des socialistes. Le parti Chega (« Assez »), fondé seulement en 2019, est passé de 4% des voix à 18% en mars 2024, et à 22,6% dimanche dernier. Il a réalisé cette remarquable progression en faisant campagne contre l’afflux des étrangers, venus principalement d’Asie du Sud, dont le nombre a quadruplé depuis 2017. En regard, les socialistes, longtemps dominants, ont perdu la moitié des leurs voix depuis 2022. Le glissement du pays vers les populistes, alors qu’il en était complètement préservé il y a six ans, est désormais indiscutable.

De même en Pologne. Le maire de Varsovie ne devance son concurrent du PIS que de deux tout petits points (31,2% contre 29,7%), tandis que les scores très significatifs de deux autres partis d’extrême droite dure (14,8% et 6,3%) rendent très incertain le report des voix pour le second tour. Son échec serait celui de l’orientation pro-européenne amorcée par Donald Tusk. Le Premier ministre polonais a bien entamé le tournant en ce sens mais il n’a pu le mener à bien complètement, freiné qu’il a été par le président sortant, l’un des piliers du PIS. Celui-ci s’est efforcé de bloquer bon nombre de projets de réformes, notamment sociétales (droit à l’avortement en particulier) qui ont coûté à Rafał Trzaskowski une partie significative de l’électorat féminin. Si le résultat définitif de la compétition, attendue le 1er juin, aboutissait à reconduire la cohabitation conflictuelle, ce serait le début de la fin de l’expérience Tusk et le retour en force du populisme dans un pays clé de l’Union européenne qu’est devenu la Pologne.

Quant à la Roumanie, l’alerte a été chaude. Même s’il a perdu, le champion des poutiniens, euro-sceptique et anti-ukrainien, a tout de même rassemblé 46,4% des électeurs roumains. Nul doute qu’il ne reste en embuscade. La situation économique du pays – qui a relativement peu bénéficié de son adhésion à l’Union européenne, qui a vu s’expatrier en un tiers de siècle cinq millions de ses habitants et qui se trouve à la tête d’une forte dette et d’un important déficit budgétaire – appelle des mesures de redressement qui seront inévitablement impopulaires. Le nouveau président aura bien du mal à les mener à bien sans entamer son mince capital de popularité. S’il échoue, le mécontentement accumulé fera le lit d’un George Simion renforcé.

Au total, le message qu’envoient ces trois consultations électorales est bien celui d’une confirmation de la poussée populiste qui traverse tout le continent européen. Ici, contrairement à ce qui s’est passé au Canada et en Australie ces dernières semaines, le soutien de Donald Trump n’a pas nui à ceux qui s’en sont prévalu dans les trois pays.

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

Relire – Un césarisme américain

Revoir – Quelle place pour l’Europe dans ce nouveau monde ?

Relire – Les élections allemandes et l’Europe

X