Après Pékin, Lyon, Xi’an, Nice, Suzhou et Deauville, la 7e édition du Forum culturel franco-chinois (FCFC) s’est tenue à Changsha, du 2 au 4 novembre 2025. Placée sous le haut patronage des chefs d’État Emmanuel Macron et Xi Jinping, cette rencontre d’envergure a réuni des acteurs institutionnels, économiques, culturels et artistiques autour d’un thème porteur : « Culture & Diplomatie ». Elle est organisée conjointement par la Fondation Prospective & Innovation (FPI), présidée par M. Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, et la Western Returned Scholars Association (WRSA), présidée par M. Ding Zhongli, Vice-président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale de Chine. Ce Forum a bénéficié du soutien du gouvernement populaire municipal de Changsha et de la Hunan Association of Western Returned Scholars. La Fondation remercie l’ensemble des mécènes de la Fondation et en premier lieu Vivendi, dont le soutien a conféré à cet événement une impulsion particulière.
Située dans le centre-sud de la Chine, Changsha est la capitale de la province du Hunan et l’une des métropoles les plus dynamiques du pays. Forte de plus de 10 millions d’habitants, elle s’impose comme un centre politique, économique et culturel majeur. Membre du Réseau des villes créatives de l’UNESCO (arts médiatiques), Changsha compte plus de 12 800 entreprises créatives et abrite les sièges de Hunan TV et sa plateforme Mango TV, piliers de la culture populaire chinoise dont les productions rayonnent à l’international. Ville d’innovation et de patrimoine revisité, elle séduit par son énergie urbaine, sa vie nocturne animée et sa gastronomie réputée.
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Le Forum a réuni des personnalités de premier plan : Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre et Président de la FPI, Ding Zhongli, Vice-président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale de Chine et Président de la WRSA, Arnaud de Puyfontaine, Président du Directoire de Vivendi, Catherine Dumas, Sénatrice de Paris, Cyril Camus, Président de Camus Wines & Spirits, Christine Cayol, Vice-présidente du Forum culturel et Fondatrice de Yishu8 et de nombreuses figures majeures de la scène culturelle chinoise telles que Wang Ning, Président du Théâtre national de Chine ; Tang Sulan, professeure à l’Université normale du Hunan ; et Zhang Guichao, Vice-directeur général du groupe Kweichow Moutai.
Dès les premières interventions, le ton était donné : dans un monde traversé par les tensions, la culture s’affirme comme une méthode, une énergie, une voie pour construire des ponts. Les voix françaises et chinoises ont convergé autour d’une conviction commune : la technologie ne s’oppose pas à la culture, elle doit venir l’appuyer, la prolonger, pour renforcer le dialogue entre civilisations et élargir les horizons du partage.
Les échanges ont souligné que le XXIᵉ siècle sera façonné autant par l’innovation que par le soft power culturel, et que la diplomatie sensible – fondée sur l’harmonie, la transmission et la créativité – reste un levier essentiel pour rapprocher les sociétés. Il fut aussi question de la place de la création humaine face à l’intelligence artificielle, de la vitalité des arts vivants et de la force des patrimoines pour éclairer l’avenir. À l’ère de l’IA, romans et poèmes générés par algorithmes peuvent rivaliser avec les œuvres humaines, mais une interrogation demeure : pourquoi écrire ? Si l’IA maîtrise le “comment”, elle ignore la profondeur du sens. La mission première de l’écrivain est d’insuffler une âme aux textes, de porter une vision par le cœur, enracinée dans l’humanité. La création littéraire exige avant tout une voix authentique, capable de dépasser la technique pour dire ce qui compte.
Au-delà des projets concrets, une idée forte s’est imposée : la culture n’est pas un décor, elle est une force agissante, capable d’éclairer, de pacifier et de construire. Elle est ce langage commun qui relie les sociétés, dans le respect de leurs différences et la conscience d’un destin partagé.
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Les échanges ont révélé des approches complémentaires pour penser l’avenir des villes et du tourisme. Clémence Bechu a plaidé pour des territoires durables, où le voyageur devient acteur de l’éveil environnemental. Dans le même esprit de transmission, Elisabeth de Feydeau a illustré comment le parfum peut raconter l’histoire des lieux et rapprocher les cultures, à travers ses projets à Versailles et Hangzhou. Cette alliance entre innovation et mémoire trouve un écho en Chine : Zhu Yan, du bureau de la culture de Suzhou, qui avait accueilli la 5e édition du FCFC, a montré comment de nouveaux projets urbains ont stimulé l’attractivité touristique, preuve que modernité et patrimoine peuvent se renforcer mutuellement.
Comment l’IA peut-elle être un levier pour la culture ? Comment enrichir la compréhension de l’histoire, transformer les méthodes de recherche et ouvrir de nouvelles perspectives audiovisuelles ? Franck Ferrand a présenté Les Ateliers de Franck Ferrand, un projet pédagogique lancé sur les réseaux sociaux chinois pour accompagner l’apprentissage du français, mieux connaître l’histoire et l’art de vivre à la française. Olivier Laouchez, fondateur de Trace, a évoqué les opportunités offertes par l’IA et un partenariat avec Bytedance pour promouvoir la culture franco-africaine et franco-chinoise à grande échelle. En écho, Madame Lu Yajun (Bilibili, plateforme chinoise de vidéos en ligne très populaire en Asie) et Monsieur Gong Shuai (Tencent, géant chinois de la tech) ont partagé leur vision des contenus culturels à l’ère numérique, soulignant le rôle de l’IA dans la création et la diffusion.
Cette table ronde, coordonnée par Yishu8, a montré que la créativité de la nouvelle génération repose sur la capacité à tisser ensemble passé et présent, artisanat et innovation. Plusieurs jeunes créateurs ont partagé leurs expériences, parmi lesquels Juliette Pénélope Pépin, céramiste en résidence à Jingdezhen et Liu Ya, artiste contemporaine spécialisée dans la broderie Xiang. Héritière d’un savoir-faire transmis par sa mère, Liu Ya réinvente cette technique ancestrale en l’associant à un langage artistique moderne, rappelant qu’« entre l’aiguille et le fil, il ne s’agit pas seulement de réunir technique et art, mais de transmettre la chaleur humaine ». Une manière d’incarner comment le patrimoine peut nourrir la création actuelle et dialoguer avec l’innovation.
Les intervenants ont partagé un défi majeur pour nous aujourd’hui : comment former les jeunes talents dans un monde où l’innovation technologique bouleverse les pratiques, sans perdre le sens de la transmission et du savoir-faire ? Les échanges ont montré que musique, arts visuels, joaillerie, mode et numérique ne sont pas des univers séparés, mais des voies complémentaires. Michel Baldocchi a illustré cette réflexion en évoquant son expérience dans la joaillerie, rappelant son importance économique et culturelle et la nécessité de l’ouvrir aux jeunes générations et aux échanges internationaux. Les intervenants français et chinois ont convergé sur une conviction : l’avenir des arts dépendra de la capacité à conjuguer tradition et créativité, matérialité et virtualité et à assurer la mobilité internationale des jeunes talents.
Comment la technologie peut enrichir la création artistique et renouveler la transmission culturelle ? Esteban Lecoq a présenté le cas conret de LILITH.AEON, une expérience immersive mêlant danse contemporaine et technologies XR, où le spectateur devient co-créateur d’une chorégraphie unique. Chang Huanyu, CEO de Chengdu Sound Entertainment, a partagé son expertise dans la production de contenus innovants, à l’origine de succès majeurs tels que la série Nezha, le jeu Honor of Kings et le drama audio Jianlai, désormais diffusé à l’international. Ces interventions ont illustré la puissance des industries culturelles numériques pour inventer de nouvelles formes de spectacle et toucher des publics mondiaux.
Cette table ronde a montré combien la technologie et la coopération internationale sont essentielles pour préserver et transmettre le patrimoine. Les échanges ont porté sur la création d’outils numériques et de contenus immersifs pour élargir l’accès aux collections et séduire les jeunes publics, comme au Domaine de Chantilly, représenté par Anne Miller, ou au musée du Palais impérial. Audrey Aubard a mis en avant la protection des savoir-faire et des appellations d’origine, tandis que Duan Xiaoming, Président du Musée provincial du Hunan, et le Dr Philippe Charlier (Université Paris-Saclay) ont évoqué le projet d’un futur musée français de l’anthropologie et le partenariat scientifique entre leurs institutions — symbole d’une coopération franco-chinoise au service de la recherche et de la médiation culturelle.
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Sur les réseaux sociaux chinois, Les Ateliers de Franck Ferrand offrent un outil pédagogique innovant aux étudiants chinois apprenant le français. Civilisation, histoire, art de vivre… Franck Ferrand décortique, rend attrayants et accessibles tous les aspects de la culture française. A retrouver sur Xiaohongshu (小红书), Bilibili (哔哩哔哩) et Douyin (抖音).
Ce musée, qui verra le jour en 2028 au Domaine de Saint-Cloud est le fruit d’un projet piloté par le laboratoire Anthropologie, Archéologie, Biologie (LAAB), UFR Simone Veil – Santé, de l’Université Versailles – Saint-Quentin -en– Yvelines – Paris-Saclay (UVSQ). Un accord de coopération avec le musée du Hunan (Changsha) sera conjointement signé dans les prochains mois avec le musée du Hunan (Changsha), visant à organiser des expositions et des recherches en anthropologie.
Juste après le Forum culturel, Mme Anne Miller, administratrice générale du Domaine de Chantilly, signait un accord de coopération avec le Palais du Prince Gong, un magnifique ensemble de bâtiments princiers et de jardins situé au cœur de Pékin, à proximité de la Cité Interdite, l’une des résidences princières les mieux conservées de toute la Chine.
La société de médias Trace, leader de la diffusion des cultures urbaines et franco-africaines, va s’appuyer sur les nombreuses innovations de Bytedance pour développer à large échelle ses services.
Lors du concert-échanges du Forum culturel, la chanteuse Liane Foly a dévoilé en avant-première plusieurs titres emblématiques de la chanson française. Ce voyage en chansons à Changsha pourrait tourner en 2026-2027 dans le reste de la Chine.
La FFIGIA entend renforcer la coopération pour protéger les savoir-faire français et chinois, véritables atouts pour le développement des territoires. Des produits emblématiques comme la Tapisserie d’Aubusson ou la Porcelaine de Limoges illustrent cette ambition : exporter nos systèmes de protection et nos savoir-faire en Chine, tout en valorisant des traditions uniques.
Le Sénateur David Ros, Président du groupe d’amitié France-Chine au Sénat et élu de l’Essonne, à l’origine du jumelage entre Wuhan et son département, propose une initiative structurante : la création d’un catalogue et d’une cartographie des jumelages. Objectif ? Recenser les partenariats existants par thématiques, les rendre visibles, et surtout les transformer en leviers puissants pour le développement et les échanges internationaux. Une démarche stratégique pour faire rayonner ces coopérations et leur donner toute la place qu’elles méritent.
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Parallèlement aux débats, intervenants et participants ont partagé de véritables expériences artistiques et des émotions intenses. Ils ont pris part à l’ouverture de la Semaine de la gastronomie franco-hunanaise, célébrant une audacieuse cuisine de fusion où se rencontrent terroirs et traditions. Ces découvertes gustatives furent aussi l’occasion d’échanger avec des ambassadeurs de la gastronomie hunanaise, avant de s’émerveiller devant l’exposition Patrimoines culturels immatériels du Hunan sur la Route de la soie, véritable voyage au cœur des savoir-faire ancestraux.
La délégation a ensuite exploré le musée du Hunan, qui présente la reconstitution des célèbres tombes de Mawangdui, l’une des découvertes archéologiques majeures du XXe siècle. Ces tombes de la dynastie Han, vieilles de plus de 2 100 ans, abritent notamment les plus anciens manuscrits connus sur soie, véritables trésors qui révèlent la pensée et les savoirs de l’époque. À travers ces vestiges, Changsha se dévoile comme un carrefour de mémoire, où l’histoire millénaire dialogue avec la modernité.
La découverte s’est poursuivie par une croisière sur la rivière Xiang : elle a révélé la densité historique et émotionnelle de la ville. En approchant l’île d’Orange et la statue monumentale de Mao dans sa jeunesse, les participants ont pénétré un lieu fondateur de l’histoire contemporaine chinoise. Mais cette île ne se limite pas à la mémoire révolutionnaire : elle est aussi un paysage littéraire, célébré depuis des siècles par les grands poètes chinois. Du Fu, figure majeure de l’ère Tang, évoquait déjà l’île d’Orange dans ses vers, inscrivant Changsha dans une tradition poétique qui traverse le temps et dépasse la seule histoire moderne. Changsha apparaissait alors non seulement comme l’hôte du Forum, mais comme un personnage à part entière : une ville-mémoire et une ville-laboratoire, un carrefour où s’entrelacent passé révolutionnaire, héritage poétique et ambition culturelle.
Le lendemain, les participants ont assisté à un concert exceptionnel, temps fort du Forum. Liane Foly a interprété des titres emblématiques de la chanson française dans une atmosphère chaleureuse, tandis que Michel Dalberto a offert un moment de piano d’une grande intensité. Song Siheng, ancien élève de Michel Dalberto, a marqué la soirée avec Défendre le fleuve jaune, œuvre patriotique interprétée avec une force saisissante, avant de partager la scène avec son maître pour saluer le public — un geste symbolique de transmission et d’amitié musicale. Le public a également découvert l’opéra Xiang, art traditionnel de Changsha, dans une performance puissante de Zhou Fan. Ce concert fut une véritable conversation culturelle, où la musique a créé le dialogue.
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On pourra retenir de cette 7e édition du Forum culturel la force subtile de la culture, capable de relier et de transformer. Le Forum s’est affirmé comme un rendez-vous fertile et fédérateur, un espace rare où création, réflexion, innovation, éducation et patrimoine dialoguent et s’enrichissent mutuellement, selon les mots de Madame Emmanuelle Pérès. Ici, la culture ne se contente pas d’accompagner la relation franco-chinoise : elle la construit par la confiance et par les projets. Comme l’a également souligné Monsieur Li Min, la rencontre des civilisations transcende les frontières et rapproche les cœurs. Elle ne se limite pas à l’alliance entre art et histoire : elle relie les êtres humains et façonne l’avenir. De ces échanges, émerge un principe désormais partagé : coexistence dans la diversité, harmonie et progrès commun.
Ce forum rappelle une évidence : le dialogue culturel n’est pas un supplément d’âme, mais un moteur. Là où les discours se figent, la création ouvre des chemins. Là où les tensions s’installent, la culture dessine des ponts. Et dans ce monde incertain, cette force discrète mais essentielle est peut-être notre meilleure chance.
Charlotte RAINAUD
Coordinatrice du 7e Forum culturel franco-chinois,
Chargée de mission, Fondation Prospective & Innovation
Avec le concours de Paul Bailly et Stanislas Weill