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  • La France s’impose comme le premier écosystème technologique européen, avec 252 entreprises à forte croissance au classement du Financial Times, fruit de dix ans de politiques publiques volontaristes menées depuis 2015.
  • Les investissements en capital-risque dans les start-ups françaises ont bondi de 450 % entre 2015 et 2025, portés par l’essor de l’IA qui représente désormais 45 % du financement total en capital-risque.
  • Le retard du marché européen des capitaux demeure l’obstacle structurel majeur : là où Mistral lève 1,7 milliard d’euros, Anthropic en mobilise 30 milliards aux États-Unis.

 

 

Le Financial Times a publié la semaine dernière son 10e classement annuel des entreprises européennes qui ont enregistré le taux de croissance le plus élevé de leur chiffre d’affaires entre 2021 et 2024. Il en ressort que le pays le mieux représenté est la France avec 252 entreprises à forte croissance, suivie de l’Allemagne avec 189, puis du Royaume-Uni avec 176 et de l’Italie avec 136.

Portée par le soutien gouvernemental et par une vague de succès précoces de start-ups devenues des modèles pour le secteur, une génération d’entrepreneurs français s’est lancée dans l’aventure. À tel point que les investissements en capital-risque dans ces start-ups ont progressé de 450 % entre 2015 et 2025, passant de 1,7 à 7,6 milliards d’euros, avec un pic à 14,3 milliards en 2022.

Il faut voir dans cette bonne performance le résultat des efforts menés avec une grande constance depuis dix ans par Emmanuel Macron, qui s’était engagé, dès son arrivée à la tête de l’État, à faire de la France une « nation start-up ». Ainsi, avec la multiplication de ces entreprises et un fort intérêt des investisseurs, la France s’est imposée comme un pôle technologique majeur en Europe.

À vrai dire, le président de la « French Tech » a pu s’appuyer sur une institution qui avait vu le jour avant son élection, à savoir Bpifrance, créée en 2012 pour financer et accompagner le développement des entreprises françaises, en particulier celles axées sur l’innovation. Depuis, Bpifrance est devenue un pilier essentiel de l’écosystème, investissant aussi bien dans des fonds de capital-risque que dans des start-ups. Selon la banque, près de 80 % de celles-ci qui ont levé des fonds entre 2013 et 2021 en France ont bénéficié de son soutien.

À son arrivée à la présidence, Emmanuel Macron a introduit plusieurs mesures pour accroître l’attractivité du pays auprès des entrepreneurs. La réforme de l’impôt sur la fortune a permis d’encourager l’investissement dans les entreprises et la réduction de l’impôt sur les sociétés – qui a duré jusqu’en 2022 – a amélioré le niveau de leur compétitivité. En 2021, il a en outre lancé le programme « France 2030 », une initiative pluriannuelle de 54 milliards d’euros axée sur le climat et la technologie, qui a largement profité aux start-ups.

Quelques succès précoces ont rapidement suivi avec l’apparition de dizaines d’entreprises atteignant des valorisations de « licornes » d’un milliard de dollars, notamment BlaBlaCar, Qonto et Doctolib. Ces modèles ont provoqué l’émergence d’une génération de créateurs à succès qui ont ensuite réinvesti et mis à la mode, chez les jeunes, le désir de devenir entrepreneurs plutôt que consultants ou banquiers d’affaires.

Dans la foulée, les investisseurs étrangers, notamment américains, ont pris conscience de la richesse de notre pays en talents mathématiques et en ingénierie et se sont mis eux aussi à risquer leurs capitaux dans les start-ups françaises. De 25,5 % en 2015, leur part dans le financement de ces investissements est passée à 54,5 % en 2022. Cette tendance s’est encore accélérée en 2023 lorsque Mistral AI a levé la somme record de 105 millions d’euros lors d’un premier tour de table.

Plusieurs levées de fonds importantes dans le domaine de l’IA se sont rapidement succédé. En 2024, un groupe d’anciens scientifiques de DeepMind a levé 220 millions de dollars en amorçage pour la start-up H Company, spécialisée dans les agents IA ; un ancien collaborateur de Mistral a obtenu 105 millions de dollars pour Genesis AI, une entreprise d’IA et de robotique ; et Gradium, basée à Paris, a levé 70 millions de dollars pour ses modèles d’IA vocale. Les gestionnaires de fonds américains, moins réticents au risque que de nombreux fonds de capital-risque européens, ont joué un rôle crucial dans ces levées. Au total, l’IA et l’apprentissage automatique sont devenus des moteurs clés du secteur technologique en France, représentant 45 % du financement total en capital-risque en 2025, contre 20 % en 2020.

Si remarquables que soient ces succès, ils ne doivent pas faire oublier la persistance d’un goulot d’étranglement majeur. Le marché des capitaux qui permet de financer la croissance des start-ups en phase de développement avancé n’est pas à l’échelle. Là où Mistral a réussi à réunir 1,7 milliard d’euros dans une nouvelle levée de fonds en 2025 (soit 20 % de l’ensemble des financements levés cette année-là), Anthropic, aux États-Unis, a levé 30 milliards de dollars pour une destination comparable. C’est sans doute là l’obstacle le plus important au développement des start-ups françaises. Plus on dispose de capitaux, plus on peut prendre de risques. Et il faut prendre des risques pour s’imposer comme leader.

Encore un argument en faveur de la création d’un marché européen des capitaux…

 

 

Philippe COSTE

Ancien Ambassadeur

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN

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