Ouf, le G7 d’Evian s’est bien passé. Donald Trump n’a pas tiré sa révérence avant la fin de la réunion, tout au long de celle-ci, il n’a fait aucun éclat. Il n’a même pas rechigné à se joindre à neuf reprises à ses collègues chefs d’Etat ou de gouvernement pour signer des déclarations sur des sujets aussi divers que les partenariats internationaux et la refonte de l’aide au développement, l’intelligence artificielle et la protection de l’enfance en ligne, les minerais critiques, les migrations, la croissance ou la géopolitique. Il est vrai que la présidence française avait pris grand soin d’écarter de l’ordre du jour les sujets qui auraient pu fâcher comme le climat en particulier. Néanmoins, même avec cette restriction, on peut dire qu’Emmanuel Macron a parfaitement réussi à apprivoiser le plus difficile de ses hôtes. Il faut se souvenir que ces dernières années, les réunions de GC ne donnaient plus lieu qu’à des déclaration de la seule présidence. C’est un succès qui mérite d’être salué.
Sur le fond, trois sujets émergent.
D’abord une évolution intéressante sur l’Ukraine. Depuis 18 mois, la cohésion du G7 avait été sérieusement mise à mal par le changement d’attitude des Etats-Unis sur le sujet, marqué par la complaisance de Donald Trump vis à vis de Moscou et son hostilité vis à vis de Kiev. Il n’est pas dit que le 47ème Président se soit tout d’un coup reconverti à la position de ses collègues mais il est tout de même remarquable, quand on se souvient de l’embuscade de la Maison Blanche ou du Sommet d’Anchorage, qu’il ait souscrit à des formulations telles que « nous sommes unis dans notre soutien indéfectible à l’Ukraine » ou « nous sommes convenus d’accroître la fourniture de capacité de défense aérienne, de systèmes ou d’intercepteurs supplémentaires ainsi que de capacité de longue portée » et de lui « accorder le bénéfice de licences lui permettant d’accroître sa production militaire ». Idem pour ce qui concerne le renforcement des sanctions contre la Russie. Ce ne sont certes que des mots mais ces mots constituent une bonne base quand il s’agit de les traduire en faits.
Ensuite le Moyen-Orient. Lorsque le G7 s’est tenu, on savait que Washington et Téhéran s’étaient mis d’accord sur un memorandum of understanding mettant fin au conflit armé et permettant la réouverture du détroit d’Ormuz, mais on n’en connaissait pas les détails. Les chefs d’Etat et de gouvernements n’ont donc pu que saluer la fin de la guerre et se sont poliment abstenus de déplorer l’énorme gâchis de l’Epic Fury : avec son coût direct, y compris l’épuisement des stocks d’armes et de munitions américains, et surtout ses exorbitants coûts indirects : le ralentissement catastrophique de l’économie mondiale, le divorce entre les Etats-Unis et Israël et le coup sans doute irrémédiable porté à la crédibilité américaine auprès de ses alliés (Etats du Golfe, Israéliens, Européens et alliés d’Asie) et, plus largement, à son image auprès du reste du monde.
Sur les déséquilibres mondiaux, la coopération internationale laissait jusqu’à présent à désirer, c’est le moins qu’on puisse dire. Face aux excédents commerciaux gigantesques de la Chine, les Etats-Unis dont les déficits deviennent abyssaux se sont lancés dans la mise en place de droits de douane, y compris contre leurs alliés membres du G7. A Evian, les Sept se sont mis d’accord sur les raisons de ces déséquilibres et la manière de les résorber : que les pays (la Chine) qui disposent d’excédents externes importants renforcent leurs sources nationales de croissance et évitent les surcapacités et que ceux (les Etats-Unis notamment) qui souffrent d’importants déficits encouragent l’épargne nationale et assainissent leurs finances publiques. Ici aussi, il est remarquable que Donald Trump ait souscrit à de telles prescriptions… à moins qu’il ne considère que ce ne sont que des mots qui n’engagent à rien. D’autre part, la Chine qui ne fait pas partie du G7 reste à convaincre. Les différents Européens qui se sont rendus à Pékin ces derniers mois ont tenu ce même langage. Sans succès jusqu’à présent.
Tout cela ne signifie pas que ces grands messes internationales ne servent à rien. Loin de là. Elles constituent au contraire les occasions indispensables de confronter les points de vue et de dégager des orientations qui finissent par influencer les décisions. Tout cela prend du temps mais reste le seul moyen d’éviter trop de dérapages. En encourageant les échanges spontanés plutôt que la lecture de positions préparées à l’avance, Emmanuel Macron a fait du G7 d’Evian une réunion utile et réussie.
Philippe COSTE
Ancien Ambassadeur
POUR ALLER PLUS LOIN
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