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  • La page de la guerre n’est pas tournée, elle est simplement suspendue à un mémorandum dont la mise en œuvre demeure floue.
  • Derrière l’accord du 17 juin et l’envolée des marchés se cache une asymétrie fondamentale entre Washington qui court après le calendrier électoral et Téhéran qui a tout intérêt à faire durer les négociations
  • Le problème iranien n’est pas réglé, et en gardant le détroit d’Ormuz plus ou moins entravé, l’Iran conserve son arme la plus efficace et maintient l’économie mondiale en suspens.

 

L’opération dite « Epic Fury » a été un désastre à divers égards : depuis le coût de la guerre en hommes, en argent et en destructions jusqu’à l’irrémédiable dommage infligé à l’image des Etats-Unis dans le monde, le tout en passant par la crise de confiance qui affecte tous ses alliés dans le monde. Mais le problème le plus immédiat, celui qui affecte à des degrés divers l’ensemble des pays de la planète, est celui du choc causé à l’économie mondiale, c’est à dire la fermeture du détroit d’Ormuz.

A cet égard, le mémorandum d’entente signé à Versailles le 17 juin dernier, malgré ses très nombreux défauts, a du moins le mérite de constituer un premier pas vers la réparation des conséquence de cette guerre inconsidérée. Il est supposé mettre fin à la phase active des hostilité, rouvrir le détroit d’Ormuz, permettre à l’Iran de recouvrer l’accès à certains avoirs gelés et de vendre provisoirement son pétrole, et définit les paramètres des négociations futures. Son encre à peine sèche, il a provoqué un soulagement général des décideurs économiques accompagné d’une envolée des marchés financiers et d’un recul de l’inflation. Beaucoup ont critiqué l’accord pour faire la part trop belle à l’Iran mais dans l’ensemble, on a considéré que la page était tournée, que la crise était bien derrière nous.

En fait, il y a fort à parier que ce soulagement est prématuré car il fait l’impasse sur un point essentiel : les modalités de la mise en œuvre du document du 17 juin. Le deux signataires obéissent en effet à des logiques différentes.

Les Etats-Unis de Donald Trump sont vulnérables à l’opinion américaine. La guerre y est très impopulaire et plus encore l’inflation et tout particulièrement le prix du gallon d’essence. L’échéance des élections de « mid term », début novembre, joue comme une épée dans les reins des responsables de Washington. Il faut régler l’affaire au plus vite pour que les effets du règlement aient le temps de se faire sentir d’ici là. Il s’ensuit aussi que le 47ème Président s’intéresse moins au fond du sujet qu’à la perception qu’en ont ses concitoyens. Significative à cet égard est l’entrée en scène des deux magiciens tout-terrain de la diplomatie américaine et accessoirement affairistes planétaires du trumpisme, les fameux Steve Witkoff et Jared Kushner dont leur maître attend qu’ils emballeront bien quelque chose de présentable au public.

En face, l’Iran n’est pas pressée. Le pays est certes exsangue. Il a subi des destructions d’infrastructures critiques qui, selon des estimations prudentes, se chiffrent en centaines de milliards de dollars et pourraient entraîner une contraction économique annuelle de 10 %. Mais les Gardiens de la Révolution – à tort ou à raison – n’en ont que faire. Ce n’est pas eux mais la population ordinaire qui en pâtit et celle-ci est sous contrôle strict. Elle est peut être même ralliée, du moins en partie, à un régime qui a su résister et qui, depuis la décapitation des ayatollahs, s’est montré moins rigoureux sur les affaires de religion et de morale sociale.

Il est donc fort probable qu’en réalité, l’Iran « promène » les Etats-Unis. Ne leur faisant aucune confiance, elle doute fort que l’accord final voie jamais le jour et, avec lui, le fonds de 300 Mds de $ qui lui serait associé. Quant aux avantages à court terme – 5 Mds $ par mois de recettes pétrolières et quelques dizaines de Mds d’avoirs gelés – ils sont sans commune mesure avec les besoins de la reconstruction. Elle n’a donc pas grand intérêt à avancer dans les négociations, même si elle n’est pas décidée à les rompre. Aussi, dans cet entre deux, ne se gêne-t-elle pas pour multiplier les chicanes qui ne peuvent aboutir qu’à les faire traîner. C’est tantôt le cesser le feu au Liban, tantôt les modalités du passage dans le détroit d’Ormuz, tantôt les obsèques du grand ayatollah chef de l’Etat assassiné. Le jeu consiste à invoquer des raisons aussi crédibles que possibles pour éviter de paraître saboter les négociations sans les faire progresser pour autant. En attendant, le détroit n’est pas vraiment rouvert et l’économie mondiale reste en suspens. L’Iran se garde bien d’abandonner le moyen de pression majeur dont elle dispose.

L’objectif de pareille posture, sans être tout à fait limpide, est tout de même très probable. Il s’agit de  porter un coup aussi dur que possible à Donald Trump et, au delà, de bien montrer au monde que qui se frotte à l’Iran se pique avec très vraisemblablement, en ligne de mire, la sanctuarisation de son programme nucléaire. Si cette description de la situation correspond bien à la réalité, l’opposition récemment observée, au sein du pouvoir iranien, entre partisans de la négociation et adversaires de tout compromis, ce conflit souvent présenté comme majeur devrait rapidement se dissiper.

Aussi bien, le problème iranien reste entier, il a simplement muté. Et l’un des éléments essentiels de la mutation consiste dans l’utilisation du détroit d’Ormuz. En y recourant, Téhéran a pu tester sa remarquable efficacité. Désormais, il y a de bonnes chances qu’il reste plus ou moins entravé pour longtemps.

 

 

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