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Le commerce extérieur français – 2025

10 avril 2026

Par Emmanuelle PERES, Directrice générale de la FPI, et Elias VERGÈS, Chargé de mission (Stage Master 2)

  • En 2025, les résultats sont contrastés : le déficit commercial se réduit, mais cette amélioration est surtout due à une conjoncture favorable avec une baisse des prix de l’énergie à l’échelle mondiale.
  • Au niveau sectoriel, l’aéronautique continue d’incarner l’excellence industrielle française, mais l’agro-alimentaire – l’un de nos points forts traditionnels – est profondément fragilisée.
  • Pour 2026, la France doit impérativement renforcer sa compétitivité, diversifier ses débouchés et monter en gamme afin de relancer une dynamique exportatrice forte.

 

Zoom sur les éléments clés du rapport annuel sur le commerce extérieur de la France

Cliquez ici pour consulter le rapport intégral 2025

 

En février 2026, la Direction générale du Trésor a publié le rapport 2025 sur le commerce extérieur français, un document qui analyse les performances de la France à la lumière des grandes dynamiques de l’économie internationale. Ce document dresse un tableau fouillé de ses échanges de biens et de services, mène une étude comparée vis-à-vis de ses principaux partenaires et fait un état des lieux de sa compétitivité et des politiques mises en place pour la soutenir.

Si le déficit commercial des biens se réduit pour la troisième année consécutive, et pour 2025 de 10 Md€ par rapport à 2024. (-69,2Md€ cette année contre -79,3 l’an dernier), le bilan français reste à nuancer : cette amélioration du déficit est surtout portée par la baisse des prix mondiaux de l’énergie qui allège mécaniquement la facture énergétique de près de 11Md€ plutôt que par un véritable rebond de nos performances exportatrices. On note également qu’en 2025 – et ce malgré la baisse du déficit – la contribution du commerce extérieur à la croissance est redevenue négative, après deux ans de contribution positive.

A la lumière de ces éléments, l’enjeu pour la France reste toujours le même : retrouver une position excédentaire et s’imposer comme un acteur exportateur de premier plan. Cela appelle à renforcer notre compétitivité et à diversifier nos débouchés à l’international pour ne pas rester exposés aux turbulences d’un commerce mondial en pleine recomposition.

 

Nos performances sectorielles : succès notables et points de vigilance

               Quelles bonnes nouvelles ?

Dans un contexte qui n’y invitait guère, la France tire son épingle du jeu. Les exportations de biens progressent de 2,5 % pour atteindre 615 Md€ et confirment notre rang de 5e exportateur mondial.

  • L’aéronautique continue d’incarner l’excellence industrielle française avec un excédent notable de 32,6 Md€ (un record historique !) et des exportations en hausse de 18,3% par rapport à 2024.
  • La France reste le leader mondial sur les boissons et les parfums et cosmétiques, avec respectivement 13,9 % et 14,9 % des exportations mondiales.
  • Côté énergie, le rebond du parc nucléaire porte l’excédent électrique à un niveau record de +5,4 Md€.
  • Les services complètent ce tableau : le tourisme affiche son meilleur solde depuis 2013 (+4,2 Md€) et la place de Paris, renforcée depuis le Brexit, s’impose petit à petit comme le carrefour financier de l’Europe – la récente annonce du transfert du siège de Barclays à Paris en est un exemple frappant.

 

               Quelles fragilités ?

Mais ces performances appellent des nuances : bien que le solde s’améliore par rapport à l’an dernier, la tendance globale s’affaiblit (+10,3 en 2025 contre +19,5 en 2024). Et on peut relever que :

  • Même dans les secteurs où la France reste leader mondial, on remarque des signes d’essoufflement préoccupants: les exportations de vins et spiritueux reculent ainsi de 7% sous l’effet des tensions commerciales avec les États-Unis et la Chine.
  • Plus généralement l’agroalimentaire, longtemps point fort de notre commerce extérieur, enregistre un point bas historique à seulement +0,2 Md€ (avec une chute de 4,9 Md€ par rapport à 2024), victime d’une forte progression des importations
  • La pharmacie et la chimie voient également leur solde se dégrader significativement, à rebours de la tendance observée chez nos partenaires européens et illustrant une perte de compétitivité.
  • Enfin, les services — traditionnel point fort français — affichent un excédent de 55,5 Md€, en léger recul par rapport à 2024 (56,5Md€).

 

Une géographie de nos flux commerciaux : quels partenaires ? quels concurrents ?

 

Le solde commercial s’améliore vis-à-vis de l’Union Européenne (+11.6 Md€), et du Moyen-Orient (+8,3 Md€), grâce à la hausse des exportations aéronautiques et la baisse de la facture énergétique. L’axe franco-allemand, pilier de notre commerce extérieur, s’est un peu rééquilibré avec une amélioration des exportations.

Le solde se dégrade avec l’Asie, principalement vis-à-vis de la Chine (-46Md€). Cette dégradation s’explique principalement par une hausse des importations, due aux capacités de surproductions chinoises et aux droits de douane américains qui ont poussé Beijing à rediriger ses flux vers l’Europe.

Il en va de même vis-à-vis de l’Amérique du Nord (-7,5Md€) et surtout des États-Unis (-3,5 Md€) : le solde recule malgré la quasi-stabilité des exportations françaises vers ce marché, du fait d’une forte hausse des importations américaines (aéronautique, hydrocarbures, équipements informatiques). Les secteurs des vins et spiritueux, des parfums et de l’habillement ont par ailleurs été les plus durement affectés par les droits de douane. En ce qui concerne le Canada, le solde se dégrade mais plus légèrement.

Enfin, l’Inde et l’ASEAN, souvent présentées comme les relais de croissance de demain, offrent pour l’instant un tableau mitigé. Le solde vis-à-vis de l’Inde se dégrade (-1 Md€) en raison d’une baisse des exportations et les importations en provenance d’Asie du Sud-Est progressent fortement du fait de la réexportation des produits chinois. Des marchés à fort potentiel, donc, mais sur lesquels la France doit encore construire une présence exportatrice à la hauteur de ses ambitions.

 

Compétitivité et attractivité

La compétitivité française à l’international reste portée par nos entreprises exportatrices, dont le nombre atteint un record historique de 152 500, en hausse de 1 700 sur un an. Cet appareil exportateur reste largement dominé par les PME, qui représentent 98,6 % des exportateurs, et principalement ancré dans les activités commerciales (54 % au T3 2025). La France confirme par ailleurs son attractivité pour les investisseurs étrangers : pour la 6e année consécutive, elle se classe 1er pays européen d’accueil des projets d’investissement étrangers, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. L’Union européenne reste la principale source de ces investissements étrangers avec 72% des projets.

 

Consolider nos acquis, anticiper les risques : quelles perspectives pour 2026 ?

Si les performances de 2025 témoignent d’une certaine résilience, l’ambition française doit être réaffirmée. Plusieurs leviers sont proposés pour l’action économique extérieure de la France en 2026.

  • Poursuivre les politiques nationales de soutien aux exportations : les dispositifs déployés en 2025 constituent des outils dont l’efficacité doit être consolidée et l’ambition élargie.
  • S’appuyer sur le cadre européen : la stratégie commerciale de l’Union, articulée autour de la compétitivité, de la durabilité et de la sécurité, est un levier d’influence. Renforcer l’autonomie stratégique, sécuriser les chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques et poursuivre la conclusion d’accords commerciaux sont autant d’impératifs pour préserver l’accès aux marchés tiers.
  • Diversifier les débouchés géographiques : l’Inde et l’ASEAN s’affirment comme des priorités stratégiques de long terme ; le Moyen-Orient, très contributeur au solde 2025, pourrait être encore davantage investi (si la situation sécuritaire le permet).
  • Ajuster notre positionnement vis-à-vis des grandes puissances avec une approche nuancée :

– Introduire davantage de prudence dans notre relation avec les États-Unis, et renforcer nos relations avec le Canada, en particulier sur les industries technologiques.

– Assumer un rééquilibrage maîtrisé avec la Chine, conformément aux annonces des présidents Macron et Xi en décembre dernier.

 

Conclusion :

Le défi pour 2026 est de relancer une dynamique exportatrice forte : par la diversification des débouchés au-delà des marchés traditionnels, par la montée en gamme dans les secteurs fragilisés et par une meilleure réalisation du potentiel des services. Comme le souligne Nicolas Forissier, ministre du Commerce extérieur, l’heure est à « un agenda de compétitivité ambitieux », ancré dans une ouverture commerciale exigeante. Le rapport 2025 en pose les fondations, il reste à s’en saisir.

 

Emmanuelle PÉRÈS

Directrice générale de la FPI

& Elias VERGÈS

Chargé de mission – Stage Master 2

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

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Relire – La France à l’export – Regards croisés de nos partenaires & concurrents

 

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