Date de la note : 19 juin 2025
L’Afrique est dangereuse. L’Afrique n’y arrive pas. L’Afrique est une économie de rente. L’Afrique manque d’argent. L’Afrique est la principale source des migrations. L’Afrique n’est pas notre problème, etc. Combien de fois avez-vous entendu de tels préjugés ? Mais qui n’a jamais essayé de les réfuter sérieusement ?
Étienne Giros s’attaque à ces clichés dans son nouveau livre, intitulé « 54 nuances d’Afrique ». L’auteur est président de l’EBCAM et du CIAN, la principale association française d’investisseurs en Afrique, qui regroupe des entreprises représentant 80% des échanges commerciaux entre la France et le continent. Il ne parle pas en tant que théoricien, mais en tant qu’acteur de terrain, fort de trente années d’expérience en Afrique. Étienne Giros l’affirme clairement : « C’est un continent qui ne s’apprend pas tellement dans les livres ; il s’apprend en le vivant ». Cet essai enthousiaste constitue donc un regard clair et compétent sur l’Afrique, forgé par une riche expérience. C’est une vision à travers les yeux d’un entrepreneur, d’un investisseur et d’un homme véritablement amoureux de ce continent.
L’idée de ce livre, qu’Étienne Giros mûrissait plusieurs années, est de déconstruire 54 clichés qui nous empêchent de voir l’Afrique telle qu’elle est. Chacun des 54 chapitres, représentant le nombre de pays du continent, est consacré à un mythe que l’auteur déboulonne avec précision, argumentation et connaissance personnelle du contexte, révélant au lecteur une Afrique plurielle et dynamique. La structure du livre éclaire son propos : derrière chaque stigmatisation se cache une opportunité manquée. L’Afrique est en pleine dynamique. Il est essentiel d’en prendre conscience pour repenser les relations et construire un avenir fondé sur une coopération équitable.
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De l’Afrique en général
Étienne Giros prend à bras-le-corps les stéréotypes les plus persistants sur l’Afrique : un continent voué à l’instabilité, dominé par la corruption, laissé aux griffes d’entreprises prédatrices. Pourtant, les faits qu’il avance renversent ces idées reçues : entre 2000 et 2020, le continent africain a enregistré une croissance annuelle moyenne de 5,8%, juste derrière la Chine. Comment expliquer un tel dynamisme économique dans un espace prétendument ravagé par le chaos ? Cette simple interrogation suffit à remettre en question bien des perceptions.
Mais Étienne Giros ne s’arrête pas aux évidences statistiques. Il aborde également des sujets plus sensibles comme les renversements de pouvoir, la justice ou encore la démocratie. À chaque étape, il met en lumière la complexité réelle du développement africain, loin des simplismes.
Géographie et démographie : casser les idées reçues
Dans la seconde partie, l’auteur s’attaque aux préjugés géographiques et démographiques. On affirme souvent que l’Afrique est sous-peuplée. Pourtant, si l’on ne considère que les terres réellement habitables – hors déserts, forêts denses et lacs –, la densité de population réelle avoisine les cent habitants par kilomètre carré, soit bien au-dessus de la moyenne mondiale. Cette approche permet à Étienne Giros de déconstruire les idées reçues sur les terres inoccupées, les migrations ou les prétendus blocages liés aux frontières héritées de la colonisation.
France-Afrique : un partenariat transformé
Une large section de l’ouvrage est consacrée à la relation entre la France et l’Afrique. Loin des clichés d’une France prédatrice ou en retrait, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 5000 entreprises françaises implantées en Afrique, 700 000 emplois générés localement, 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel dont l’essentiel est produit sur place. Les investissements directs français atteignaient 61 milliards d’euros en 2021. La relation n’est donc ni à sens unique ni figée : elle est aujourd’hui profondément interconnectée, vivante et en constante évolution.
Économie et monnaie : une Afrique moderne
Étienne Giros plonge ensuite dans les ressorts économiques du continent : fiscalité, franc CFA, ressources naturelles, mais aussi numérique et présence chinoise. Le chapitre sur la numérisation est particulièrement éclairant : avec 940 millions d’abonnés mobiles et 600 millions d’utilisateurs de smartphones, le continent est à la pointe de la finance digitale. Le Kenya en est le pionnier, avec des services de microfinance mobile qui se sont depuis étendus partout. Loin d’un continent « en retard », l’Afrique est souvent en avance.
Environnement, diaspora, entreprises : un continent en mouvement
Enfin, le livre aborde les défis du développement durable, du rôle des ONG, de la diaspora, et de l’aide internationale. Malgré des faiblesses infrastructurelles, l’Afrique possède des atouts majeurs pour réussir sa transition énergétique, en particulier dans le solaire. Représentant seulement 3,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les besoins du continent sont immenses – 2800 milliards de dollars d’ici à 2030 selon la COP27 –, mais les dynamiques internes sont déjà à l’œuvre.
Conclusion
Plus qu’un essai de démystification, le livre d’Étienne Giros est un appel à repenser notre regard sur l’Afrique. Il invite à voir dans ce continent un partenaire stratégique pour construire ensemble un avenir mondial partagé. A travers une approche rigoureuse, enrichie d’expérience de terrain, l’auteur nous donne les clés d’une nouvelle compréhension – lucide, nuancée, et résolument tournée vers l’avenir.
POUR ALLER PLUS LOIN :
Relire – Nouvelles d’Afrique – Afrique subsaharienne : forces et limites du rôle des diasporas
Revoir – L’intégrale : Sortie de crise pour l’économie africaine : Perspectives et partenariats
Nikita TRETIAKOV, Chargé de Mission
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