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Inauguration à Saintes de la statue de Robert Jacquinot

25 septembre 2026

Par Jean-Pierre RAFFARIN, Ancien Premier ministre, Président de la Fondation Prospective & Innovation

  • Le 10 septembre 2026, une statue de Robert Jacquinot a été inaugurée à Saintes, sa ville natale, en hommage à son action humanitaire.
  • Prêtre jésuite arrivé à Shanghai en 1913, Robert Jacquinot a organisé en 1937 une « zone neutralisée » qui a accueilli entre 250 000 et 300 000 réfugiés civils lors de la bataille de Shanghai.
  • Son action a inspiré l’article 15 de la quatrième convention de Genève de 1949 sur les zones neutralisées.

 

Le 10 septembre 1946, Robert Jacquinot s’éteignait à Berlin dans une ville en ruines que certains comparaient alors à Shanghai de la fin des années 1930 après les féroces combats où s’étaient affrontés Chinois et Japonais.

Le 10 septembre 2026 une statue en bronze de Robert Jacquinot, fondue par Li Xiao Zhao dans son atelier de Xi’an, était inaugurée à Saintes, à quelques centaines de mètres de sa maison natale. Un public nombreux, deux des lycéens de Saintes apprenant le chinois, était rassemblé dans le jardin public pour assister au dévoilement de la statue offerte par une association chinoise en geste de remerciement pour celui que les réfugiés avaient surnommé le « Bouddha vivant ». Les prises de parole du maire de Saintes, Monsieur Drapon, du sculpteur, du président de l’association chinoise, et l’ancien Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin, soulignèrent les liens unissant la France et la Chine tout en déplorant la méconnaissance qui touche Robert Jacquinot.

Aujourd’hui, en France, rares sont celles et ceux qui pourraient parler de Robert Jacquinot tant ce précurseur de l’aide humanitaire a été oublié. Qui pourrait dire qu’il a été proposé pour le prix Nobel de la Paix ou qu’il a inspiré, en 1949, la quatrième convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre et singulièrement son article 15 sur les zones neutralisées ?

Robert Jacquinot est né à Saintes le 15 mars 1878. Prêtre et jésuite, il arrive à Shanghai en septembre 1913. A Shanghai, il apprend le mandarin et le shanghaïen. A la suite d’un accident survenu lors de la préparation de pétards et de feux de Bengale pour un pèlerinage de jeunes collégiens chinois, il perd son bras droit. Celui que l’on appelle désormais le « prêtre manchot » est affecté à une paroisse de la concession internationale où il côtoie Chinois, Britanniques, Américains, Portugais et Japonais dont il apprend la langue. Il s’engage très vite dans des associations de secours aux victimes des catastrophes naturelles qui rassemblent bouddhistes, taoïstes, protestants et catholiques. Son sens de l’organisation et de l’anticipation, son aptitude à mobiliser aussi bien des industriels et des financiers que le petit peuple, le propulsent rapidement au premier rang de ces organismes. Lors des inondations de 1931, il est invité à siéger dans des commissions du gouvernement chinois. Le conflit sino-japonais accroit encore sa notoriété : lors de la première bataille de Shanghai, de janvier à mars 1932, il réussit à imposer aux belligérants une trêve de quatre heures pour évacuer quelque 2000 civils qui vivaient dans les rues où se déroulaient les combats.

Avant même que la seconde bataille de Shanghai ne commence le 13 août 1937, dans une vision prospectiviste, il organise, avec un ancien Premier ministre chinois également ancien Président de la Croix Rouge chinoise, la mise en place de structures qui vont accueillir des centaines de milliers de réfugiés qui quittent la ville chinoise pour chercher asile dans les concessions. Il crée le camp n°1 sur le campus de l’université jésuite Aurore. Puis il négocie séparément avec les Chinois et les Japonais pour obtenir la mise en place d’une zone neutralisée en dehors des concessions dans la partie nord de la vieille ville chinoise. 250 à 300 000 réfugiés y entrent lors de son ouverture officielle le 9 novembre 1937, trois jours avant la fin de la bataille. Dans cet espace de moins d’un kilomètre carré, bientôt appelé « zone Jacquinot », les réfugiés sont protégés, nourris et soignés. Des campagnes de financement sont organisées et Jacquinot rencontre le Président Roosevelt lors d’un voyage aux Etats-Unis.

80 ans après sa mort, son action est toujours aussi inspirante dans un monde où la protection des civils en temps de guerre est, hélas, toujours d’actualité…

 

Jean-Pierre RAFFARIN
Ancien Premier ministre,
Président de la Fondation Prospective & Innovation

 

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