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Le 27 novembre 2025, était rendu un hommage à l’Assemblée nationale à Robert Jacquinot de Besange, un jésuite français qui est à l’origine d’une zone de sécurité qui permit de sauver 300 000 réfugiés pendant la bataille de Shanghai en 1937, bataille qui se déroula sans qu’aucune guerre n’ait été déclarée entre Chine et Japon. La journée avait été organisée à l’initiative d’une association chinoise, Les Amis de Wu Jiamin, du Groupe d’amitié France-Chine de l’Assemblée nationale et de la Fondation Prospective & Innovation. La journée intitulée « Nous ne vous oublierons jamais » fut ouverte par les présidents des trois entités, messieurs Xu Bo, Sylvain Maillard et Jean-Pierre Raffarin qui rendirent hommage à la figure de celui dont le nom chinois était Rao Jiaju et dont l’action humanitaire est évoquée dans les commentaires de la 4e convention de Genève de 1949 sur la protection des civils en temps de guerre. S’il a bénéficié d’une large notoriété à la fin des années 1930, Robert Jacquinot de Besange est presqu’inconnu aujourd’hui. Cet hommage renvoie à la volonté de mieux faire connaître ce personnage qui pourrait, en ces temps de fortes tensions internationales où les civils sont souvent les premières victimes, être une inspiration pour le présent.
Trois tables rondes se sont déroulées dans la matinée, la première avec des historiens, la seconde avec des artistes ayant travaillé sur la figure de Jacquinot et la dernière envisageant les moyens de développer l’amitié franco-chinoise par des échanges de lycéens étudiant le français en Chine ou le chinois en France.
Né à Saintes en 1878, Robert Jacquinot – Émile pour l’état-civil – était le fils d’un officier qui décéda alors que son fils avait 10 ans. Avec sa mère, il choisit d’accoler de Besange à son patronyme. Alors qu’il étudiait en Angleterre et à Jersey pour devenir jésuite, il vint souvent à Poitiers pour s’occuper d’un patronage pendant les vacances ; il était très apprécié des enfants. En 1913, il gagna Shanghai où il s’engagea très vite dans de nombreuses organisations de secours aux victimes des inondations et des famines. Ces associations comprenaient aussi bien des catholiques que des protestants, des bouddhistes que des taoïstes. Très connu pour ses talents d’organisateur, il travaillait avec toutes les composantes de la grande ville cosmopolite. Lors de la première bataille de Shanghai en janvier et février 1932, il réussit à organiser une trêve de quatre heures qui permit à de nombreux civils de quitter la zone des combats. En aout 1937, lors de la guerre sino-japonaise, il participa à la création de plusieurs organismes dont le Shanghai International Red Cross Committee – il en était le vice-président en charge des réfugiés – et il ouvrit le premier camp de réfugiés sur le campus de l’université Aurore. Robert Jacquinot entama des négociations avec, d’une part, les autorités chinoises et, d’autres part, les forces japonaises. Une zone de refuge d’un peu moins d’un kilomètre carré fut respectée par les belligérants et près de 300 000 réfugiés y furent protégés des combats. Pour financer les coûts de l’opération, il organisa de grandes collectes de fonds qui l’amenèrent jusqu’aux Etats-Unis où il rencontra le Président Roosevelt.
Revenu en France en 1940, il retrouva l’un des enfants du patronage de Poitiers, Henri Auroux, qui était devenu journaliste et qui eut très vite des activités de Résistance. Ils se virent fréquemment jusqu’à l’arrestation d’Henri Auroux puis sa déportation en Allemagne. Robert Jacquinot est mort à Berlin en 1946 où il s’occupait des réfugiés. Henri Auroux a laissé un témoignage précieux qui éclaire son action humanitaire. Son témoignage se termine sur une recommandation : « La ville de Saintes s’honorerait en donnant le nom d’une rue à cet enfant de chez elle dont elle a le droit d’être fière… » Saintes où devrait bientôt s’élever une statue en pied de Robert Jacquinot. Une photo de la statue qui se trouve aujourd’hui dans son atelier de Xi’an a été présentée par le sculpteur Li Xiaochao qui participait à cette journée d’hommage.
Jean-Pierre RAFFARIN
Ancien Premier ministre
Président de la Fondation Prospective et Innovation
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