Date de la conférence : 08 avril 2026
Intervenants
Le mardi 8 avril 2026, la Fondation Prospective & Innovation, présidée par Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, a tenu la 11e édition de la Matinale des Ambassadeurs à l’Hôtel de Crillon, A Rosewood Hotel. Lors de cette nouvelle édition, la Fondation a eu le plaisir d’accueillir Son Excellence Madame Blanca Jiménez Cisneros, Ambassadrice du Mexique en France, comme oratrice principale. Une trentaine de représentants du monde politique, diplomatique, institutionnel et économique étaient réunis pour examiner les relations bilatérales franco-mexicaines, les priorités stratégiques du gouvernement Sheinbaum et les opportunités ouvertes aux entreprises françaises, dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques et les incertitudes liées à la politique commerciale américaine.
Un partenariat bilatéral ancré dans une complémentarité profonde
La France et le Mexique entretiennent une relation économique d’une densité remarquable, dont la solidité s’explique autant par les chiffres que par la qualité des liens institutionnels tissés au fil des décennies. Le Mexique représente la douzième économie mondiale, avec un PIB d’environ 1 700 milliards de dollars et plus de 130 millions d’habitants, dont 55 millions de consommateurs disposant d’un pouvoir d’achat comparable aux standards européens. Il est le troisième marché destinataire d’investissements directs étrangers parmi les pays de l’OCDE, membre fondateur de l’organisation pour l’Amérique latine, et titulaire de 14 accords de libre-échange couvrant 52 pays. Près de 700 entreprises françaises sont implantées au Mexique, dont 38 appartenant au CAC 40, représentant 200 000 emplois directs et 7 milliards d’euros d’échanges annuels. Cette présence industrielle et commerciale fait de la France le quatrième partenaire commercial européen du pays.
La modernisation de l’accord global entre l’Union européenne et le Mexique, dont la version initiale remonte à l’an 2000, constitue une avancée structurante pour les années à venir. Le taux de libéralisation commerciale passera de 60 à 90 %, tandis que les marchés publics des États fédérés mexicains seront pour la première fois ouverts aux entreprises européennes. Cette dernière disposition revêt une importance particulière dans la mesure où la décentralisation fiscale mexicaine concentre désormais l’essentiel des budgets d’investissement au niveau des États. L’accord intègre également des secteurs jusqu’alors peu couverts, parmi lesquels le commerce électronique, les télécommunications et les services financiers, et renforce la protection des appellations d’origine protégée, enjeu sensible pour les producteurs français.
Le Plan Mexico, une feuille de route aux résonances françaises
Le Plan Mexico constitue le programme économique central de la présidente Claudia Sheinbaum, articulé autour de cinq piliers que sont l’énergie, le pétrole et le gaz, l’eau, les infrastructures et le logement social. Le volet énergétique prévoit à lui seul 23 milliards d’euros d’investissements dans la production, la transmission et la distribution électrique, dont 40 à 50 % en énergies renouvelables. La présidente Sheinbaum, dont l’expertise académique porte précisément sur la transition énergétique, entend mobiliser un potentiel géothermique mexicain resté largement inexploité. Des partenariats sont déjà engagés avec EDF dans le domaine hydraulique, illustrant la complémentarité naturelle entre les savoir-faire français et les ambitions mexicaines.
En matière d’infrastructures de transport, plus de 3 000 kilomètres de nouvelles voies ferrées sont programmés, parmi lesquels le Tren Maya et le Tren del Istmo. Le corridor interocéanique de Tehuantepec, qui relie les deux façades maritimes du pays à travers l’isthme, s’impose comme une alternative nettement moins coûteuse au canal de Panama, le long duquel des pôles industriels intégrés sont en cours de constitution. À ces projets s’ajoutent des ambitions technologiques souveraines ambitieuses, portées par des programmes auxquels ont été attribués des noms nahuatl, parmi lesquels une filière nationale de semi-conducteurs (Kutsari), un projet de véhicules électriques 100 % mexicains (Olinia) et une constellation de satellites d’observation de la Terre (Ixtli). Ces initiatives témoignent d’une volonté mexicaine assumée d’inscrire son développement dans une logique de souveraineté technologique.
Géopolitique, diplomatie de la discrétion et opportunités sectorielles
Les échanges ont mis en lumière la capacité du Mexique à s’inscrire avec pragmatisme dans un environnement international en pleine mutation. La diplomatie mexicaine se distingue par un travail de fond rigoureux, privilégiant la construction de relations directes au niveau ministériel en amont des échanges entre chefs d’État. Dans ce cadre, la complémentarité entre la France, le Mexique et le Canada apparaît comme un cadre de coopération industrielle particulièrement robuste, fondé sur la prévisibilité institutionnelle et le respect des engagements contractuels, deux atouts qui confèrent à ces partenaires une position de stabilité appréciée par les acteurs économiques dans un monde en recomposition.
Sur le plan sectoriel, les échanges ont permis de dégager plusieurs axes prioritaires pour la coopération franco-mexicaine. La transition énergétique mobilise des compétences françaises reconnues en matière de réseaux intelligents, d’énergies renouvelables et de géothermie. Le transport et la mobilité urbaine offrent des perspectives concrètes, notamment à travers des solutions de téléphériques urbains adaptées à la topographie mexicaine. La restauration scolaire figure parmi les priorités explicites du gouvernement Sheinbaum, domaine dans lequel Sodexo et Elior disposent d’une expertise mondiale reconnue. Enfin, la bancarisation par les technologies numériques constitue un chantier prioritaire de l’Agence de transformation numérique et de télécommunications, ouvrant des perspectives significatives pour les entreprises françaises spécialisées dans les infrastructures financières.
Coopération culturelle et perspectives
Au-delà de la sphère économique, la relation franco-mexicaine repose sur des liens culturels et éducatifs d’une profondeur rarement égalée entre les deux continents. Le Mexique se place au premier rang en Amérique latine pour l’enseignement du français, avec 250 000 apprenants, soit le double du nombre d’apprenants chinois, et 3 000 étudiants mexicains sont inscrits dans des établissements d’enseignement supérieur français. L’année 2026 marque le bicentenaire des relations diplomatiques entre les deux pays, auquel s’ajoute la co-organisation de la Coupe du monde de football avec les États-Unis et le Canada, qui concentrera 100 millions de visiteurs et générera 24 000 emplois. Ces deux marqueurs symboliques invitent à accélérer la structuration d’un partenariat à la hauteur de l’histoire et des ambitions communes des deux pays.
par Thomas RICCI
Chargé de mission – Stage Master
RELIRE : La 31ème Conférence des Ambassadrices et des Ambassadeurs