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La 31ème Conférence des Ambassadrices et des Ambassadeurs

22 janvier 2026

Par Emmanuelle PERES, Directrice générale de la Fondation Prospective & Innovation et Stanislas WEILL, chargé de mission

Conférence des ambassadeurs
  • Ouverte par le Président de la République, la 31ème Conférence des Ambassadrices et des Ambassadeurs s’est tenue le 8 janvier 2026 au Palais de l’Elysée.
  • Moment structurant d’analyse du contexte international et de clarification des priorités diplomatiques françaises pour l’année à venir, cette conférence a permis au Président de faire part de ses convictions stratégiques dans un monde marqué par une recomposition profonde des équilibres de puissance.
  • Autonomie stratégique · Puissance européenne · Diplomatie économique · Sécurité · Afrique · Gouvernance mondiale étaient les thèmes clés de cette intervention.  
  • 3 rendez-vous à retenir en 2026 : le Sommet de l’IA en Inde les 19 et 20 février, le Sommet Afrique-France à Nairobi les 11 et 12 mai et la Présidence française du G7 à Evian du 15 au 17 juin.

 

Pour consulter la retranscription in extenso de l’intervention du Président de la République, cliquez sur le lien suivant : https://www.elysee.fr/g7evian/2026/01/08/conference-des-ambassadrices-et-ambassadeurs-2026

 

Un ordre international durablement déstabilisé

Le Président a ouvert son propos par le constat d’un « dérèglement profond de l’ordre international », caractérisé par l’affaiblissement des règles communes, la montée des rapports de force et la fragilisation du multilatéralisme. Ce contexte est notamment marqué par le repositionnement des États-Unis vis-à-vis de leurs alliances traditionnelles, la montée en puissance de la Chine et une agressivité économique accrue, ainsi que par des stratégies de déstabilisation assumées, en particulier de la part de la Russie.

L’ordre international hérité de l’après-guerre ne fonctionne plus selon les principes qui l’avaient structuré, tandis que s’imposent des logiques de puissance affirmées.

Ces transformations ne se limitent pas aux zones de conflit armé. Elles concernent également les champs économique, technologique et industriel, où les chaînes d’approvisionnement, l’accès aux technologies critiques et la capacité d’investissement de long terme deviennent des déterminants centraux de la puissance. Ce diagnostic constitue le cadre général des priorités diplomatiques françaises pour 2026.

 

Les leviers d’action de la France

Dans ce contexte, le Président a interrogé les capacités d’action de la France. Il a rappelé l’importance du réseau diplomatique, des capacités militaires, de l’influence culturelle et linguistique, ainsi que des instruments économiques et financiers. Il a souligné que « notre capacité à peser dépend désormais largement de notre capacité à agir à l’échelle européenne», insistant sur l’articulation entre action nationale et dynamique européenne, nouvel impératif stratégique..

La diplomatie française doit ainsi combiner ses instruments traditionnels avec de nouveaux leviers : diplomatie économique, coopération scientifique et technologique et présence renforcée dans les organisations internationales émergentes.

  • Souveraineté européenne et autonomie stratégique

La souveraineté européenne a été présentée comme un axe central de l’action diplomatique. Elle couvre la défense, l’industrie, l’énergie et les technologies critiques. Le Président a souligné que « l’Europe doit être capable de produire, de décider et de se protéger », insistant sur la nécessité de réduire les dépendances stratégiques et de renforcer les capacités industrielles et technologiques.

Cette souveraineté implique également la maîtrise des données et des infrastructures critiques, la résilience énergétique et l’investissement dans les technologies émergentes, conditions indispensables au maintien de la compétitivité et de la sécurité européennes à long terme, dans un contexte de rivalités accrues entre grandes puissances.

Cette souveraineté repose également sur la capacité de l’Europe à produire et maîtriser ses savoirs scientifiques et technologiques. Le Président a insisté sur la nécessité d’investir massivement dans la recherche et l’innovation, en particulier, dans l’intelligence artificielle, le quantique, le spatial et les technologies de transition afin de réduire les dépendances stratégiques et de préserver l’autonomie de décision européenne à long terme.

  • Diplomatie économique et compétition mondiale

Les enjeux économiques ont été évoqués comme un pilier de la stratégie française. Face à l’intensification de la compétition mondiale  pour l’accès aux marchés, aux ressources et aux technologies, la diplomatie économique constitue un levier majeur pour soutenir les entreprises, sécuriser les chaînes de valeur et promouvoir les priorités industrielles et technologiques de l’Europe.

L’Etat est ainsi appelé à jouer un rôle d’interface entre les acteurs publics et privés pour favoriser l’innovation et les investissements dans les secteurs stratégiques, en complément de l’action diplomatique traditionnelle.

  • Sécurité internationale et équilibres stratégiques : changement de paradigme

Les questions de sécurité constituent un autre axe structurant. Le Président a rappelé que la persistance de conflits armés, l’évolution des doctrines militaires et la montée des risques de confrontation conduisent à ce que « la sécurité européenne ne peut plus être considérée comme acquise », soulignant l’importance de renforcer la coordination européenne en matière de défense et de maintenir un dialogue stratégique avec les partenaires et alliés.

Il a souligné la nécessité de renforcer la coordination européenne en matière de défense, de maintenir un dialogue stratégique avec les partenaires et alliés, et d’anticiper les menaces émergentes — cybernétiques, technologiques et hybrides — dans une approche intégrée combinant dimensions militaire, industrielle et diplomatique.

  • G7 2026 : un levier de coordination internationale

Cadre majeur de l’action internationale,  la présidence française du G7 s’articulera autour de 3 priorités : stabilité macroéconomique, financement du développement et transition climatique. Le G7, espace de coordination destiné à structurer des réponses communes aux déséquilibres économiques et aux enjeux globaux, visera à renforcer les engagements collectifs sur la transition énergétique et la résilience des systèmes financiers internationaux, en impliquant à la fois les grandes puissances et les acteurs émergents.

  • Les relations avec l’Afrique

Le Président a consacré une attention particulière à la relation entre la France et le continent africain. Il a insisté sur la volonté de structurer cette relation autour de partenariats économiques, commerciaux et d’investissement dans la perspective du sommet Afrique-France de 2026. « La relation avec l’Afrique doit se construire sur des projets concrets et des intérêts partagés », a-t-il souligné.

Il a également évoqué la nécessité de soutenir le développement des infrastructures, l’innovation et la formation, et de renforcer la coopération régionale sur les enjeux de sécurité, contribuant à des relations durables et équilibrées.

  • Multilatéralisme et enjeux globaux 

Enfin, le Président a abordé les grands enjeux transversaux, notamment le climat, le développement et la gouvernance mondiale. Malgré les fragilités du multilatéralisme, celui-ci demeure un cadre de référence essentiel. « Il ne s’agit pas de renoncer aux cadres existants, mais de les faire évoluer » pour répondre aux défis contemporains.

Dans cette perspective, on peut retenir le rôle croissant de la science, de la recherche et de l’innovation comme supports de la coopération internationale, en particulier dans les domaines de la santé, du climat, de la biodiversité, des océans et de l’intelligence artificielle. Ces champs apparaissent comme des terrains privilégiés pour structurer des réponses collectives et contribuer à l’élaboration de règles communes conciliant innovation, régulation et souveraineté.

La France entend jouer un rôle moteur dans l’évolution des normes et mécanismes internationaux, en cohérence avec ses priorités économiques, sécuritaires et environnementales.

 

Emmanuelle PERES, Directrice générale de la Fondation Prospective & Innovation

Stanislas WEILL, Chargé de mission 

 

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