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La Fondation Prospective & Innovation a lancé un cycle de contributions et points de vue rédigés par ses mécènes. Chaque mois, des dirigeants font part de leurs visions et convictions sur des sujets d’actualité, en lien avec leur expertise, leur secteur ou leur développement géographique.
Ces articles visent à nourrir et enrichir la vision de la Fondation en lien avec son ADN : œuvrer avec constance à améliorer la main de la France dans le grand jeu du monde, où elle doit plus que jamais faire preuve d’audace et de génie.
Pour cette deuxième contribution, nous avons sollicité M. Pierre Luzeau, Fondateur & Board Member de Seqens, qui partage sa vision de la souveraineté industrielle européenne.
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- La souveraineté européenne est désormais menacée par la fin du multilatéralisme et la montée de chocs économiques et géopolitiques.
- Les grandes annonces européennes sont insuffisantes car elles restent enfermées dans un cadre de globalisation dépassé.
- Un changement de logiciel s’impose avec des décisions claires et assumées pour préserver notre industrie et garantir notre prospérité.
Dans un monde où la guerre économique se joue à l’échelle planétaire, Seqens, acteur majeur de la chimie en Europe, alerte sur l’impérieuse nécessité de repenser notre stratégie industrielle. Face à la fin du multilatéralisme commercial et à la montée de chocs inédits, notre souveraineté est en jeu. Il ne s’agit plus seulement de saluer les grandes intentions européennes, mais de proposer des mesures concrètes et immédiates pour préserver et renforcer nos capacités de production.
Prévenir l’extinction de l’industrie européenne : les constats
L’initiative qu’a constituée, fin février, le « Pacte pour une industrie propre » proposé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est ambitieuse. Fruit d’un large consensus inspiré des rapports Draghi et Letta, ce texte replace enfin l’industrie au cœur des grandes stratégies européennes et reconnaît explicitement le caractère stratégique de la chimie, grâce aux travaux conjoints du Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC) et de France Chimie. C’est une avancée essentielle dont nous pouvons remercier les promoteurs, tant elle pose clairement la question de la perte graduelle de compétitivité et de souveraineté sur de nombreux secteurs industriels. Elle ouvre aussi des pistes d’actions concrètes.
Pourtant, dès le 2 avril, nous entrions dans une nouvelle ère : la fin du multilatéralisme commercial. Trois défis majeurs sont devant à nous : l’éclatement des chaînes de valeur avec la nécessité de reconstituer des filières entières, la transformation du commerce international en arme diplomatique, et les difficultés structurelles de nos industriels européens, pénalisés par des coûts de production élevés (en particulier l’énergie), une dépendance persistante aux énergies fossiles et à certaines matières premières, ainsi qu’une croissance atone de notre marché intérieur.
Les grandes annonces européennes récentes méritent une revue critique :
- Le Pacte pour une industrie propre : c’est un début, mais il n’apporte rien de concret pour contrer les barrières et dumping imposés par la politique américaine.
- L’Affordable Energy Action Plan : ses grands principes sont posés, mais les mesures restent floues et sans calendrier précis.
- Le Critical Medicines Act : ce texte, qui vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement de médicaments critiques, est plus tangible, mais il ne prend pas en compte l’impact économique du dumping asiatique sur nos producteurs.
Les mesures proposées restent dans le cadre d’une globalisation « aménagée », alors que le monde bascule, qu’on le veuille ou non, vers la régionalisation. Les réponses envisagées ne suffiront pas à combiner la concurrence et le protectionnisme dont nous aurons besoin. Nous devons tirer un enseignement majeur : pour au moins une décennie, nous devrons gérer simultanément un double impératif — maintien d’une saine concurrence et protection massive de nos industries — exigeant un financement inédit.
Définir l’urgence : prévenir l’extinction d’une partie de notre industrie
Aujourd’hui, la multiplication des fermetures de sites, l’accroissement de notre dépendance sur des productions critiques (médicaments, défense…), le dumping économique, social et environnemental venu notamment d’Asie, et l’avalanche d’importations aggravée par les barrières américaines, constituent un péril immédiat. Cette urgence absolue nous oblige à faire des choix clairs et à les assumer.
L’Europe doit changer de logiciel, perdre sa naïveté et s’engager résolument en faveur de son industrie, avec des choix clairs et assumés, afin d’assurer sa prospérité et sa souveraineté.
Pierre LUZEAU
Fondateur & Board Member
Seqens
POUR ALLER PLUS LOIN :
Relire – ANALYSES & OPINIONS : Défense européenne : le réveil financier attendu
Revoir – « Les ruptures géopolitiques : où allons-nous ? » – Forum du Futuroscope 2022
Réécouter – Podcast Sequens « Ré-industrialisons la France, épisode bonus ! »