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- Début juin, la Corée du Sud a élu un nouveau président, Lee Jae-myung, leader du Parti démocrate, après une grave crise politique.
- Malgré une forte mobilisation, le pays reste profondément divisé sur le plan social et générationnel.
- La victoire de Lee Jae-myung ouvre une ère d’incertitudes, entre réformes promises et défis économiques majeurs.
L’élection présidentielle en Corée du 4 juin 2025 : l’alternance au pouvoir
L’élection présidentielle anticipée du 3 juin 2025 en Corée du Sud, après plusieurs mois de crise politique et de tension, a été marquée par une participation record à près de 80%. Lee Jae-myung, candidat du Parti démocrate, a été élu avec 49,4% des voix, devançant le conservateur Kim Moon-soo (41,2%).
Cette élection a été provoquée par la destitution de l’ancien président Yoon Suk-yeol après sa tentative d’imposer la loi martiale en décembre 2024. Cette tentative d’autoritarisme, largement rejetée par les institutions et la société civile, a précipité la chute du gouvernement et renforcé les attentes en faveur d’un retour à une gouvernance responsable.
Lee Jae-myung, le candidat de la rupture avec l’ordre établi ?
Lee Jae-myung s’est imposé comme le candidat porteur de changement. Ancien ouvrier devenu avocat des droits de l’homme, puis gouverneur de Gyeonggi (la province la plus peuplée du pays), il s’est bâti une image d’autodidacte, en prise avec les réalités sociales des Sud-Coréens.
Souvent décrit comme progressiste, il défend une approche sociale de l’économie, plaidant pour un État plus actif dans la régulation des grands conglomérats (« chaebols ») et la protection des plus fragiles. Son discours reste pragmatique, attentif à l’équilibre budgétaire et au maintien de la compétitivité économique du pays. Son positionnement évoque celui d’une gauche réformiste, dans la lignée des traditions sociales-démocrates, mais adapté aux spécificités sud-coréennes.
Un pays divisé, des défis immenses
La victoire de Lee Jae-myung renvoie un signal fort en faveur de la démocratie sud-coréenne, mais elle intervient dans un pays traversé par de profondes fractures. Les lignes de clivage demeurent marquées : entre générations, avec une jeunesse en quête de renouveau face à des élites plus attachées à la stabilité et au conservatisme ; entre territoires, où les dynamiques urbaines cohabitent difficilement avec des réalités rurales parfois négligées ; et enfin entre différentes conceptions du développement économique, qui opposent la priorité donnée à l’innovation et à la compétitivité face à des attentes croissantes en matière de cohésion sociale et de sécurité économique.
Sur le plan économique, Lee Jae-myung hérite d’une situation délicate : croissance ralentie, inégalités persistantes, précarité des jeunes diplômés, démographie en berne à laquelle s’ajoutent les tensions commerciales avec les États-Unis (droits de douane imposés par la nouvelle administration Trump). Son programme prévoit des investissements publics accrus, une réforme du logement, et des mesures de soutien aux PME, tout en poursuivant la transition numérique et écologique.
Une diplomatie de l’équilibre
Lee entend aussi redéfinir les équilibres diplomatiques de la Corée. Il souhaite maintenir l’alliance stratégique avec les États-Unis, tout en reprenant le dialogue intercoréen, rompu sous Yoon Suk-yeol. Face à la montée des tensions régionales (mer de Chine, Corée du Nord, rapprochement Moscou-Pyongyang), sa stratégie repose sur une approche pragmatique, visant à renforcer la souveraineté sud-coréenne sans provoquer de rupture brutale avec ses partenaires.
Pour conclure, une démocratie vivante, mais sous pression
Cette élection, bien que marquée par une forte mobilisation citoyenne, n’efface en rien les fractures politiques du pays. Lee Jae-myung devra composer avec une opposition conservatrice active et une opinion publique exigeante. Les accusations de corruption que Lee a toujours niées et qui ont été écartées par la justice, continuent d’alimenter la défiance d’une partie de la population.
Reste à voir si le nouveau président élu saura transformer l’élan qui l’a porté au pouvoir en réformes durables et renouées avec la croissance, dans un contexte géopolitique et économique de plus en plus incertain.
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