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Regards croisés de 2 étudiants sur le Forum du Futuroscope 2026

2 octobre 2026

Par Judith THORETTE, étudiante en 1ère année à Sciences Po – Campus de Poitiers et Galo ALCAINO, étudiant en 2ème année à Sciences Po – Campus de Poitiers

  • Un partenariat entre la Fondation Prospective & Innovation et Sciences Po – Campus de Poitiers a permis la participation de 150 étudiants à la 21ᵉ édition du Forum du Futuroscope.
  • Dans son compte rendu, Judith Thorette revient sur les échanges consacrés aux différentes dimensions du leadership, de la société civile aux enjeux technologiques et géopolitiques.
  • Dans son analyse, Galo Alcaino s’intéresse à la construction des identités collectives et à leurs liens avec le populisme et la démocratie, en s’appuyant notamment sur la notion de « peuple ».

 

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Dans le cadre du partenariat entre la Fondation Prospective & Innovation et Sciences Po – Campus de Poitiers, qui a permis à 150 étudiants de la promotion entrante d’assister au Forum du Futuroscope le 28 août dernier, découvrez l’analyse par Judith Thorette et Galo Alcaino, étudiants en 1ère et en 2ème année, de notre grand rendez-vous géopolitique de rentrée.

Judith Thorette, étudiante en 1ère année, revient sur les principaux échanges de la journée et livre son compte rendu des réflexions consacrées au leadership, tandis que Galo Alcaino, étudiant en 2ème année, propose une analyse des débats autour de la construction des identités collectives et des enjeux démocratiques.

 

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Compte rendu

La 21ème édition du Forum du Futuroscope 2026 – Le Leadership : une réponse aux bouleversements ?

 

Alors que les crises mondiales s’accumulent et s’accélèrent, la question du leadership et de la gestion de ces dernières semble devenir un enjeu crucial, notamment pour l’Europe. Ce 28 août 2026 s’est tenu au Palais de Congrès du Futuroscope la 21ème édition d’un forum annuel organisé par la fondation Prospective et Innovations, présidée par l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Plus de mille personnes ont assisté à cette conférence sur le thème du Leadership comme réponse face aux bouleversements. Trois tables rondes ont été organisées afin d’éclairer notre connaissance du Leadership : « Quel leadership pour la société civile ? », « Économie et technologie : du management au leadership », ainsi que « Leadership géopolitique : entre déficit et excès ». Anciens ministres, directeurs d’organisations, militaires, chefs d’entreprises ou encore religieux se sont entretenus autour de ces tables rondes.

Orchestrer le leadership de la société civile

Pour Agnès Buzin, ancienne Ministre de la santé et de la solidarité, la société civile possède un leadership précieux lié à son expérience sur le terrain ce qui lui donne la légitimité de contester. Comme l’a rappelé le grand Rabbin de France, Haïm Korsia, c’est le gouvernant qui doit – en tant que leader – s’effacer momentanément afin de faire grandir la capacité du peuple à agir. Néanmoins, l’État doit assister le leadership de la société civile car son expérience ne signifie pas toujours expertise. Le gouvernant a donc la responsabilité, de par ses connaissances, de sélectionner les causes qui servent l’intérêt général afin d’en faire des politiques publiques. Alors que les revendications citoyennes se multiplient et que le leadership de la société civile semble être vecteur d’espoir et de grandes améliorations, la refonte de notre système pour un pouvoir plus partagé, plus participatif, reste une question d’avenir.

Entre risques et puissance : l’encadrement au service du Leadership

Face à la démocratisation du savoir par l’IA et les risques de mauvaise compréhension de l’information que cela comporte, l’ancienne Ministre Amélie Oudéa-Castera considère que le leader doit être capable de garder son caractère unique, son honnêteté intellectuelle ainsi que de rétablir les faits en cas d’amalgames. Néanmoins pour Felix Zhang, président et directeur général d’Envision Energy, malgré une régulation de l’information nécessaire de la part du leader, il est primordial que celui-ci ne soit pas réfractaire à l’idée de s’ouvrir aux technologies innovantes afin de rester dans la course. L’IA est effectivement un moteur de la production et par conséquent de la croissance d’un pays, a confirmé l’ancien gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Son utilisation est donc centrale pour la puissance d’un état ou d’une organisation supranationale comme l’Europe. 

Être un leader : de quel droit ? 

En deuxième partie de journée, l’ancien Ministre du Budget Jean-François Copé a prononcé un discours intitulé « Cheffer la France ». Un bon gouverneur doit selon lui gouverner par le droit en ayant une vision claire et confiante, une considération sincère pour le peuple ainsi que produire de vrais résultats. L’ultime table ronde a permis à Hervé de Courreges, directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale de rappeler qu’à l’échelle nationale, la France n’est pas sans atout de Leader et qu’il est important de se les remémorer. Le bon niveau de vie de ses citoyens, son régime démocratique, son tourisme, son patrimoine, ses forces armées ainsi que ses formations pour la jeunesse sont autant d’atouts qui lui permettent de s’affirmer en tant que leader sur la scène internationale.

Devenir un leader pour accompagner le changement

Face à un monde en perpétuel mouvement, le leadership est un moyen efficace de gérer les crises, d’apporter des solutions face à l’implantation des nouvelles technologies dans nos sociétés et de répondre aux revendications de toutes et tous en les rendant effectives. En revanche, ce leadership doit être partagé entre les gouvernements et la société civile afin de rester pleinement démocratique. Le leadership n’est donc pas censé permettre de « régner », mais plutôt de « servir et faire progresser ». Entre écoute, cohérence et responsabilité, les qualités du leader sont complexes et il revient à chacun de les développer.

Cette journée riche a notamment permis aux élèves du Campus de Sciences Po Poitiers de comprendre les enjeux liés au leadership et de créer un premier contact concret avec la Science politique.

 

Judith THORETTE
Étudiant en 1ère année à Science Po – Campus de Poitiers

 

 

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Analyse

Le bon, la brute et le truand du Leadership. Réflexion issue du forum : « Le Leadership : une réponse aux bouleversements ? » Science politique et populisme

 

Le Forum du Futuroscope 2026 a posé de nombreuses questions sur le concept de leadership, sur ce qu’il signifie et sur ce qu’on attend d’un leader dans différents milieux, comme les secteurs public et privé, mais aussi au sein des associations, des organisations de la société civile et des initiatives étudiantes.

En tant que personne de langue maternelle anglaise, ayant quelques difficultés à utiliser la langue française, ce sont les propos de Felix Zhang lors de la table ronde « Économie et technologie : du management au leadership ? » qui ont le plus résonné en moi. Félix Zhang a souligné que même des leaders efficaces ne sont pas intrinsèquement « bons » et qu’un effort doit être fait pour marquer une distinction (Amélie Oudéa-Castera, François Villeroy de Galhau, Robin Rivaton, et Félix Zhang, 2026). Il existe une dimension normative essentielle qui doit être prise en compte pour s’assurer que le leadership reste en accord avec les valeurs sociales acceptées.

Les définitions du leadership proposées tout au long du forum partageaient des éléments communs : l’intégrité, une communication claire, l’écoute active et l’empathie, qui permettent aux personnes guidées de se sentir valorisées. Cependant, cette attention portée aux techniques de management efficaces peut laisser entendre qu’un bon leadership mène naturellement à des résultats positifs pour la société, alors que ce n’est pas forcément le cas.

Avoir des compétences efficaces en leadership ne garantit pas que les objectifs d’un leader contribueront de manière positive à la société. En réalité, un leadership fort peut activement fragiliser les valeurs de justice, d’égalité et d’équité, en particulier dans les mouvements de masse ou les grandes organisations politiques. On le voit dans les cas de populisme au sein de différentes démocraties libérales, où le leadership populiste s’oppose souvent aux valeurs humanitaires et exclut des groupes qui ne correspondent pas à sa définition du « peuple » (comme les personnes migrantes ou les identités de genre non conformes dans plusieurs cas européens) (Mudde & Rovira Kaltwasser, 2019).

Néanmoins, étudier et éventuellement adapter les comportements de leadership de ces figures peut constituer une stratégie utile pour les mouvements engagés en faveur de l’égalité et de la justice sociale. Dans le contexte de la construction d’identités collectives au sein d’une démocratie développée, cela soulève une question essentielle : que peuvent apprendre les mouvements démocratiques inclusifs sur la construction et le maintien de l’identité auprès des leaders populistes?

Le concept d’identité collective aide à comprendre ce qui peut être appris du leadership dans un contexte politique hostile. Une identité collective est une compréhension partagée par les membres d’un groupe sur ce qu’ils sont en tant que collectif, qui se construit à travers des pratiques sociales, des récits et des expériences partagées. Dans le cas des leaders (ou des partis) populistes, ils créent le récit d’une identité collective où la société est divisée et en conflit actif entre le « peuple » (un concept adapté aux contextes nationaux qui comporte souvent des dimensions exclusives) et une élite injuste ou corrompue (Mudde & Rovira Kaltwasser, 2019).

Les leaders, qu’ils soient dans un contexte populiste ou non, peuvent façonner les identités collectives principalement par la rhétorique et par la mise en place d’une forme de catégorisation sociale. Cela peut être interprété soit comme une structure hiérarchique classique au travail, soit comme une dynamique politique qui différencie les personnes avec lesquelles le leader souhaite se connecter des autres.

Ils adaptent leur langage en fonction du public et du contexte politique pour mobiliser des soutiens ou renforcer la cohésion du groupe. Par exemple, les leaders peuvent décrire les autres comme des oppresseurs ou des victimes, selon qu’ils cherchent à démobiliser leurs opposants ou à rassembler leur base (Elcheroth & Reicher, 2017).

Comme l’observent Mols & Jetten (2016), les leaders populistes qui réussissent façonnent à nouveau la représentation collective d’un groupe en développant le sentiment d’un destin commun et en convainquant les électeurs qu’un leadership ferme est indispensable pour défendre « le peuple » contre les menaces des élites ou des personnes extérieures au groupe. Cette division entre « nous et eux » permet aux populistes de conserver un soutien solide et adaptable dans différents environnements, même ceux qui possèdent un ensemble de valeurs très ancrées liées aux démocraties libérales.

Traditionnellement, la théorie démocratique libérale considère « le peuple » comme un pouvoir constitué encadré par des normes constitutionnelles formelles. À l’inverse, les leaders populistes présentent « le peuple » comme un pouvoir constituant actif, capable d’apporter une légitimité plus forte que celle des institutions existantes. Ils encouragent le collectif à se voir comme l’autorité souveraine ultime, ayant le droit de refonder les normes juridiques, d’éviter les contre-pouvoirs traditionnels et de légitimer directement l’ordre politique (Mudde & Rovira Kaltwasser, 2012). Repenser le rôle du « peuple » sous cet angle est essentiel pour répondre à la question de recherche sur ce qui peut être appris des leaders populistes.

Cette perspective peut être utile au sein d’une démocratie libérale pour renforcer les initiatives qui ne cherchent pas à détruire, mais à réformer les structures existantes afin d’améliorer la représentation et l’inclusion. Par exemple, le pouvoir constituant peut aider à légitimer la voix et les intérêts des assemblées citoyennes ou des initiatives qui cherchent à créer un débat sur la manière d’améliorer un système existant, en donnant aux électeurs une influence sur les réformes systémiques plutôt que de s’en remettre uniquement à leur vote lors des élections.

Associer le concept de pouvoir constituant aux normes démocratiques et aux garanties de procédure intimement liées aux valeurs démocratiques permet au public d’exercer un véritable rôle d’acteur et de proposer des solutions structurelles. Le concept de « peuple » n’est pas intrinsèquement hostile à la démocratie libérale ; il peut au contraire rappeler qu’il est possible de donner aux citoyens de réelles occasions de façonner leur communauté et de contribuer.

Le populisme propose une vision où le peuple représente une force puissante face à une élite, et où une identité commune fondée sur l’opposition à « l’autre » se forme. Cependant, cela ne signifie pas que les identités partagées dans une société démocratique existent seulement pour s’inscrire dans un affrontement, mais plutôt qu’elles offrent l’occasion d’être entendues au sein d’une communauté et de viser des réformes dans le cadre des structures existantes.

 

Galo ALCAINO
Étudiant en 2ème année à Science Po – Campus de Poitiers

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN

RELIRE – Forum du Futuroscope 2026, analyse par Philippe Coste

RELIRE – SHERIF 2026 – Le leadership, questions à 360° ! – Fondation Prospective et Innovation

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